Santé mentale et IA générative : quel cadre pour les établissements de santé ?
Le 10 septembre 2026, Journée mondiale de prévention du suicide, le docteur Kierzek a publié une chronique sur ICI. Sa question : l'intelligence artificielle peut-elle remplacer un psychologue ? Il y décrit un usage inquiétant. De plus en plus de jeunes en détresse se confient à ChatGPT ou Gemini, sans consulter de professionnel.
Un assistant conversationnel grand public est un outil de génération de texte à usage général. Il n'a pas le statut de dispositif médical et n'a pas été conçu pour un suivi psychologique. Pour les établissements de santé, la chronique soulève donc une question d'organisation. Comment qualifier ces outils, encadrer leur usage par les équipes et répondre aux patients qui s'en servent ?
Que révèle la chronique du docteur Kierzek ?
La chronique révèle l'écart entre l'usage réel des assistants d'IA et leur finalité. Le docteur Kierzek replace ce constat dans un contexte lourd. Santé publique France a recensé 8 848 décès par suicide en 2023, selon son bilan national publié en octobre 2025. Face à la détresse, une partie des personnes se tourne vers un interlocuteur disponible à toute heure et sans rendez-vous. Le médecin conclut que l'IA doit servir de passerelle vers des soins humains. Il recommande de consulter d'abord son médecin traitant, qui oriente ensuite vers un psychologue ou un psychiatre.
La chronique cite aussi un chiffre largement repris. Chaque semaine, 1,2 million d'utilisateurs exprimeraient des pensées suicidaires dans leurs échanges avec une IA. Ce chiffre provient d'une estimation publiée par OpenAI en octobre 2025. Elle porte sur les utilisateurs de ChatGPT dans le monde entier, soit environ 0,15 % de ses utilisateurs hebdomadaires. OpenAI y vise les conversations comportant des indicateurs explicites de planification ou d'intention suicidaire. Lire une donnée sur l'IA avec son périmètre exact fait partie de la maîtrise de l'IA. C'est aussi un réflexe à transmettre aux cadres qui relaient ces informations à leurs équipes.
Si vous traversez une période difficile, ou si un proche vous inquiète, appelez le 3114. C'est le numéro national de prévention du suicide, joignable gratuitement 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
Pourquoi ce sujet concerne-t-il directement les établissements de santé ?
Le sujet entre dans les établissements par deux portes : les personnes accompagnées et les équipes. Côté patients, le recours à l'IA comme confident est déjà installé chez les plus jeunes. Ipsos bva a interrogé 1 000 jeunes Français de 11 à 25 ans pour le Groupe VYV et la CNIL (mai 2026). Parmi ceux qui confient leurs problèmes personnels à une IA, 46 % la considèrent comme un « psy ». Les établissements accueillent ces jeunes, et leurs habitudes numériques entrent avec eux.
Côté équipes, les usages individuels progressent plus vite que les règles. Le GCS HOURAA a publié en juillet 2026 une enquête menée auprès de 2 509 professionnels de quatre CHU d'Auvergne-Rhône-Alpes. Seuls 7,6 % des répondants connaissent la charte relative aux usages de l'IA de leur établissement. Les résultats reposent sur des réponses déclaratives. Ils donnent toutefois une indication nette sur la diffusion du cadre interne.
Pour ARCADIA, ce chiffre résume l'enjeu. Une charte peu diffusée protège peu l'établissement et ses équipes. Il revient à la direction de dire quels outils sont autorisés, pour quels usages et avec quelles précautions. Il lui revient aussi de préparer les équipes au dialogue avec un patient qui cite une réponse d'IA.
Qu'est-ce qui distingue un assistant conversationnel d'un outil de santé ?
Un assistant conversationnel grand public est un outil généraliste, conçu pour produire du texte en réponse à une requête. Un dispositif médical numérique est un outil dont la finalité médicale est déclarée par son fabricant. Il porte un marquage CE au titre du règlement européen 2017/745. Ces deux catégories obéissent à des règles différentes, résumées dans le tableau ci-dessous.
| Critère | Assistant conversationnel grand public | Dispositif médical numérique |
|---|---|---|
| Finalité | Usage général : rédiger, résumer, répondre | Finalité médicale déclarée par le fabricant |
| Cadre réglementaire | Conditions d'utilisation fixées par l'éditeur | Marquage CE, règlement (UE) 2017/745 |
| Évaluation | Aucune évaluation clinique préalable | Évaluation clinique exigée avant mise sur le marché |
| Données | Saisie de données confidentielles à proscrire (HAS, 2025) | Traitement encadré par le RGPD et, selon les cas, par la certification HDS |
| Supervision | Contrôle du contenu généré par l'utilisateur | Usage prévu dans un cadre de soins défini |
Un patient qui confie sa détresse à un assistant généraliste utilise donc un outil hors de sa finalité. Un professionnel qui y saisit des éléments sur un patient fait de même. Il ajoute un risque pour la confidentialité des données. Qualifier un outil en quelques questions devient une compétence d'encadrement à part entière.
Quel cadre la HAS propose-t-elle pour l'usage de l'IA générative ?
La HAS a publié le 30 octobre 2025 son guide « Premières clefs d'usage de l'IA générative en santé ». Il s'adresse aux professionnels des secteurs sanitaire, social et médico-social. Il repose sur quatre lignes directrices réunies sous l'acronyme A.V.E.C. : Apprendre, Vérifier, Estimer, Communiquer. Le professionnel s'approprie le fonctionnement de l'outil. Il contrôle la pertinence de son usage, sa requête et le contenu produit. Il évalue la qualité de l'outil dans le temps. Il échange avec son environnement professionnel pour améliorer les pratiques.
Le guide rappelle que chaque usage doit rester supervisé par le professionnel. Cette exigence rejoint la conclusion du docteur Kierzek : l'IA doit servir de passerelle vers le soin humain. Le guide HAS-CNIL de février 2026 complète ce cadre pour les établissements. Il recommande que la gouvernance de l'IA soit portée par la direction générale et intégrée à la stratégie de l'établissement. La HAS a également annoncé un document destiné aux usagers et aux patients. Le sujet soulevé par la chronique s'inscrit donc dans un chantier institutionnel en cours. Les établissements ont intérêt à définir leur propre doctrine dès maintenant.
Comment un établissement peut-il cadrer ces usages dès maintenant ?
Un établissement peut cadrer ces usages en cinq étapes, avec les ressources dont il dispose déjà.
- Recenser les outils utilisés. Interrogez les équipes sur les assistants d'IA qu'elles emploient réellement, outils grand public compris.
- Qualifier chaque outil. Identifiez sa finalité, son statut réglementaire et les données qu'il reçoit.
- Rédiger une doctrine d'usage courte. Appuyez-la sur les clefs A.V.E.C. de la HAS : usages autorisés, données exclues, contrôle du contenu.
- Préparer le dialogue avec les patients. Fixez avec les soignants la conduite à tenir quand un patient évoque ses échanges avec une IA. Rappelez les ressources existantes, dont le 3114.
- Désigner et former les relais. Confiez le suivi à des cadres formés, capables d'actualiser la doctrine au fil des évolutions.
Ces étapes relèvent de la gouvernance. Elles mobilisent la direction, l'encadrement et les fonctions qualité, en lien avec les équipes soignantes.
Quelle formation pour les cadres, directeurs et médecins ?
ARCADIA propose la formation « IA en santé pour cadres, directeurs et médecins : choisir et déployer une IA en toute confiance ». Elle dure 2 jours, en présentiel, en inter ou en intra-établissement. Les participants apprennent à distinguer un simple assistant d'un dispositif à haut risque. Ils évaluent une solution d'IA à l'aide d'une grille de critères. Ils travaillent l'information des patients et l'application des clefs d'usage A.V.E.C. de la HAS. Chaque participant repart avec un plan de déploiement IA adapté à son établissement.
La formation porte sur les usages, les outils et les méthodes de l'IA. Elle se finance par l'OPCO Santé pour les établissements privés et par l'ANFH pour les établissements publics.
Consultez le programme sur la page Conformité, cybersécurité et dispositifs. Pour construire une session adaptée à vos équipes, prenez rendez-vous avec ARCADIA.
Questions fréquentes
Une IA peut-elle remplacer un psychologue ?
Non. Un assistant conversationnel grand public n'a pas le statut de dispositif médical et n'assure aucun suivi thérapeutique. Le docteur Kierzek recommande de consulter d'abord son médecin traitant. Celui-ci oriente vers un psychologue ou un psychiatre. En cas de pensées suicidaires, le 3114 répond gratuitement, 24 heures sur 24.
Que recommande la HAS pour l'usage de l'IA générative par les professionnels ?
La HAS a publié en octobre 2025 le guide « Premières clefs d'usage de l'IA générative en santé ». Il repose sur quatre lignes directrices : Apprendre, Vérifier, Estimer, Communiquer. Chaque usage doit être supervisé. Les requêtes ne doivent contenir aucune information contraire aux règles de confidentialité.
Un établissement doit-il encadrer l'usage de ChatGPT par ses équipes ?
La HAS recommande que chaque usage de l'IA générative soit supervisé et respecte la confidentialité des données. Un établissement a donc intérêt à fixer une doctrine d'usage écrite. Elle précise les outils autorisés, les usages admis et les données à ne jamais saisir.
La formation ARCADIA traite-t-elle de la prise en charge en santé mentale ?
La formation porte sur les usages, les outils et les méthodes de l'IA en établissement de santé. Elle ne traite ni de la prise en charge clinique ni de données patients réelles. Elle s'adresse aux cadres, directeurs, médecins et ingénieurs santé qui encadrent ou décident de l'usage de l'IA.
Comment financer cette formation ?
La formation se finance dans le cadre du plan de développement des compétences. Les établissements privés mobilisent l'OPCO Santé. Les établissements publics mobilisent l'ANFH.
Sources
- ICI, « Santé mentale : l'intelligence artificielle peut-elle remplacer un psychologue ? », chronique du docteur Kierzek, septembre 2026.
- Santé publique France, « Conduites suicidaires en France. Bilan 2024 », octobre 2025.
- OpenAI, « Strengthening ChatGPT's responses in sensitive conversations », 27 octobre 2025.
- Haute Autorité de santé, « Premières clefs d'usage de l'IA générative en santé », 30 octobre 2025.
- Haute Autorité de santé, « Accompagner le bon usage des systèmes d'intelligence artificielle en contexte de soins », février 2026.
- Ipsos bva pour le Groupe VYV et la CNIL, « L'IA conversationnelle et la santé mentale des jeunes en Europe », enquête de janvier 2026 publiée le 7 mai 2026.
- GCS HOURAA / Hospices civils de Lyon, enquête sur les usages de l'IA dans les CHU de Clermont-Ferrand, Grenoble, Lyon et Saint-Étienne, juillet 2026.